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Monte Rosa 🏔️ La récompense

22 juillet 2024 : les dieux de la Montagne se sont apaisés au petit matin, pour nous offrir un spectacle de toute beauté.

Pour ce dernier jour, nos réveils sonnent peu avant l’aube. Nous sommes à présent rodés et avons créé nos habitudes du matin. Il m’est plus facile de remettre toutes les affaires dans mon sac, de ne conserver que l’essentiel pour la sortie dehors, de m’équiper dans le bon ordre, sans devoir tout défaire et recommencer. Et surtout, de ne rien oublier avant de partir. Nous sommes devenus des experts de la routine matinale des alpinistes.

Par les fenêtres du refuge, nous l’avons vu tout de suite : le ciel est totalement dégagé ! Un frisson de plaisir nous envahit déjà. Nous n’avons encore rien vu du spectacle naturel qui nous entoure. Et ce matin au lever du soleil, il se dévoilera une nouvelle fois rien que pour nous.

Vue depuis le refuge Margherita au petit matin

La descente de la pointe du refuge Margherita est une formalité. Nous sommes à présent sur le haut du glacier du Mont Rose, qui forme un grand plateau d’altitude (4500m tout de même) légèrement convexe entre le refuge Margherita et la pointe Zumstein. A l’Est, la plaine du Po s’offre devant nous jusqu’à Venise. A l’Ouest, les Alpes françaises sont encore endormies au loin.

Sur le haut du glacier du Mont Rose à 4500m

C’est ce moment précis que choisit le soleil pour percer la ligne d’horizon et irradier les plus hauts sommets de sa lumière.

Lever de soleil sur le Mont Rose

Le Mont Blanc tout d’abord, Seigneur de ces montagnes des Alpes, qui s’octroie le privilège d’être salué en premier.

Le Mont Blanc au loin, salué en premier par le soleil

Puis vient rapidement notre tour au sommet du Mont Rose. Et le nom du massif prend soudainement tout son sens. La pierre apparente sur les versants trop abrupts arbore désormais cette couleur rose-orangée. Elle renvoie à l’astre solaire, tel un phare en vigie, son salue matinal.

Puis une multitude de sommets autours de nous se mettent à clignoter à leur tour. Le Cervin, de l’autre côté de la vallée de Zermatt, rentre dans la danse lumineuse, puis le Liskamm, Castor, Pollux…toute la montagne s’embrase et nous irradie de sa majesté.

Réveil solaire sur le Cervin

Il nous reste notre sommet à gravir, la pointe Zumstein (4562m). Cette ascension courte, sera cependant la partie la plus technique de notre périple. Il nous faut suivre la crète jusqu’en haut, à la seule force de notre piolet, qui nous assure aussi la stabilité. A notre droite, un vide infini s’ouvre sous nos pieds. Sans doute le chemin le plus rapide pour revenir à notre point de départ, mais je préfère de loin les détours de la terme ferme. Un dernier passage délicat dans les interstices de la roche…et nous voilà tous les six au sommet !

Au sommet de la pointe Zumstein (4562m)

Nous l’avons fait, et ensemble. Je sais que le plus heureux à ce moment-là est sans doute Jérémie. Il y a quelques semaines, il était tombé dans les escaliers, faisant doubler de volume l’un de ses genoux. Ses vieux démons revenaient le hanter. Lui qui avait rêvé plus jeune de devenir Guide de Haute Montagne, son physique le lâchait une nouvelle fois au pire moment. Mais il a décidé de ne pas abandonner cette fois-ci, et de compenser son physique diminué par un mental hors norme. Il nous a caché à quel point il souffrait dans la montée. Mais les calmants anti-douleur qu’il prenait à chaque arrivée trahissait son combat intérieur. Il est arrivé au sommet des Alpes sur une jambe. Et maintenant il sourit comme cet enfant qui voulait en faire son métier. La douleur s’est envolée, son corps s’est finalement soumis à l’exaltation de son esprit.

Jérémie au sommet du Zumstein. Bravo !

Dans la continuité de ce moment de grâce, la descente jusqu’au refuge Gnifetti s’est faite avec légèreté et le smile aux lèvres.

Je ne pouvais m’empêcher de garder le nez constamment en l’air, et d’observer, d’emmagasiner toute la beauté concentrée dans ce même endroit.

Nous croisons en chemin toutes les cordées restées bloquées la veille, sans compter les nouvelles du jour. Par ce jour de beau temps, on n’est pas loin d’une file continue pour arriver en haut du glacier .

Les cordées en fil indienne en direction du sommet

La nature nous gratifie encore d’un joli arc-en-ciel au pied du Liskamm.

Un mini arc-en-ciel au pied du Liskamm (4527m)

Et pour que la fête soit complète, nous escaladons la pyramide St Vincent (4125m).

La montagne est en pleine effervescence tout autour de nous : hélicos de ravitaillement, cordées dans tous les sens, le soleil a transformé le massif en fourmilière humaine.

Retour au point de départ, épuisés mais heureux !

Nous ne sommes donc pas mécontents de redescendre, nous avons eu notre part de communion avec les dieux célestes. La prophétie s’est finalement réalisée malgré les embuches du destin. A présent tout est ordre, tout est en paix.

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