« Rendez-vous à 7h30 au parking du McDo à Bourg-St-Maurice ». C’est là que nous attend notre guide Bastien, jeune habitant des lieux.
Nous nous répartissons dans deux voitures direction le col du petit St Bernard, puis la vallée d’Aoste en Italie. Le temps est clément pour ce premier jour, voire un peu chaud. Côté italien, la température monte progressivement pour aller flirter avec les 30°C. Nous n’aurons pas froid aujourd’hui, même en altitude.

Juste avant de quitter la Vallée d’Aoste pour rejoindre la plaine du Po, nous tournons à gauche en direction de la Suisse. Nous remontons alors une vallée plus sinueuse, mais pleine de charme. Les maisons sont grises, de la couleur de la pierre des montagnes, mais les habitants, locaux ou bien Milanais en villégiature, savent agrémenter l’ensemble de jardinières de fleurs resplendissantes. Ce n’est donc pas un chemin de croix sinistre qui nous amène jusqu’au pied du Mont Rose, mais une route de montagne agréable et fleurie, et qui nous souhaite la bienvenue. Tout le monde sourit dans la voiture, pourvu que ça dure !


Après être passés au filtre sans concession de notre guide sur le contenu de notre sac (seul objectif : alléger, alléger, alléger) en plein milieu du parking de Staffal, nous voici fin prêts, face à notre quête. Du fond de notre vallée, elle nous apparaît encore magique et mystérieuse, cachée derrière les premières pentes verticales, et écrasée par la perspective.
L’ascension jusqu’à 3000m n’est qu’une formalité…car elle se fait en œufs. Merci le génie humain et les ressources en énergie.

C’est désormais le vrai grand départ, nous nous rassemblons à proximité de la piste d’hélicoptère pour nous équiper…et observer là -haut ! Des cordées humaines, ces petits points noirs mobiles sur la surface blanche, sont en train d’escalader le glacier, avant de s’évaporer dans la brume. Si Dieu le veut, nous serons à leur place demain matin.

La montée jusqu’au refuge Gnifetti (3625m) pour clore cette première journée, nous transporte dans une douce euphorie. A la fois excités et en forme à ce moment-là , nous avalons les dénivelés et autres via ferrata avec fluidité. Et puis il apparaît soudain. Parfaitement intégré au sommet d’une barre rocheuse orangée, le refuge Gnifetti nous impressionne par sa prestance et élégance au milieu de cette falaise minérale.

Nous sommes arrivés à notre petit Tibet, et il sera notre temple de Lhassa pour la nuit.

A l’intérieur, nous intégrons une véritable ruche internationale, une tour de Babel contemporaine au sommet des Alpes. On y parle italien, allemand, français, anglais, espagnol…rien à envier au Parlement Européen. Malgré le fourmillement incessant ambiant, il nous faut chercher à se tranquilliser un peu, et s’adapter au rythme de la montagne d’altitude. Souper à 18h, coucher à 21h, et réveil à 3h du matin. Chacun cherche sa propre technique pour parvenir au sommeil, masque pour les yeux, musique ou bouchons pour les oreilles, etc. De mon côté, le cœur refuse de redescendre en-dessous de 90 battements par minute au repos, l’altitude peut-être, l’excitation mêlée à l’appréhension du lendemain assurément. Je salue une dernière fois la pleine lune, qui s’illumine dans le couchant italien, et rejoins mes camarades de cordée dans leur lutte avec Morphée.





















